Une Odyssée Cambodgienne

Publié le par Lysistrata Galaad

Une Odyssée Cambodgienne est l'autobiographie  et le témoignage historiquede Haing Ngor, témoin direct de la guerre au Cambodge et des actions des Khmers Rouges.

Auteur : Haing Ngor
Date de publication : Fixot Filipacchi,‎ 1988
Editeur: Fixot Filipacchi, Presse Pocket
                                           
                                                                       Une Odyssée cambodgienne

Quatrième de couverture :
1979. Un camp de réfugiés à la frontière thaïlandaise. Pour Haing Ngor, rescapé de l'holocauste cambodgien, le cauchemar est terminé. Quatre années de tortures, de massacres sous le régime de Pol Pot effacées par un espoir : le départ vers les Etats-Unis. Mais "un jour, se promit-il, je raconterai au monde entier ce qui s'est passé là-bas".
Voici le récit terrifiant et boulevresant de ce jeune médecin de Phom Penh, déporté, réduit à l'esclavage par les Khmers rouges, spectateur impuissant de la mort de tous ses proches : ses parents, sa femme, son enfant nouveau-né.

 

Mon résumé : Dans Une Odyssée cambodgienne nous suivons la vie de Haing Ngor. Le livre commence par un mot de l'auteur, le pacte autobiographique, quelques pages dans lesquelles Haing Ngor précsie le contexte historique dans lequel va se dérouler l'histoire.
Les premiers souvenirs d'Haing Ngor ouvre l'histoire, il a trois ans. Il présente le décors, vu par les yeux de l'enfant qu'il était, sa famille, l'atmosphère générale. Le lecteur découvre un nouveau monde, une nouvelle culture. Des évènements ont lieu, le jeune Haing ne comprend pas tout, il décrit l'agitation de ses parents. L'adulte, lui, celui qui écrit, apporte quelques précisions. Haing grandi, nous continuons à le suivre, il fait ses études, rencontre des gens, devient médecin.
Mais voilà, le monde dans lequel il vit est en train de changer.
La population Cambodgienne ne comprend pas forcément, ne sait pas quelle importance accorder aux divers évènements qui se produisent. Mais rien n'est anodin. La guerre civile se prépare, est en marche, gronde. Haing voit la situation basculer très vite, les Khmers rouges prennent le pouvoir. Qui sont-ils ? Que veulent-ils faire ? Est-ce pour le bien du pays ? Est-ce pour apporter une amélioration ?
Derrière les yeux de Haing, son cerveau travaille, vite.
Les intellectuels et les moines sont chassés, tués, asservis. IUl change son nom et celui de son épouse, se fait passer pour un simple chauffeur de taxi.
On dresse une nouvelle élite, un nouvel idéal : le travailleur, l'agriculteur, on rejette toute trace d'Occidentalisation. Les gens ne savent plus comment agir dans un monde chaotique qui ne semble obéir à aucune loi;
Une Odyssée cambodgienne c'est le récit interne d'un témoin direct de la guerre civile au cambodge. Haing Ngor ne cache rien de ce qu'il a pu voir, n'enjolive pas la situation, juge très peu son "moi" du passé. Le passé c'est le passé. Ses deux voix cohabitent, celle du Haing qui subit, tente de survivre, ne sait pas s'il aura un futur, si son pays s'en sortira, et celle du Haing qui écrit, qui se remémore le pire et le meilleur.
Puis il est sauvé, ce sont les camps de réfugiés où il aide mais ne veut toujours pas dire qu'il est médecin, il ne le sera jamais plus. L'Amérique, enfin, il est sauvé mais reste seul avec ses souvenirs atroces. Chercher du travail, faire un travail sur lui-même. Vivre avec un passé qui est si présent, c'était hier, c'est encore aujourd'hui au moment où il écrit. Ecrire, une thérapie nécessaire dont il ne voulait pas. Son histoire n'intéresse personne. Dans ce nouveau monde il n'est rien, du moins le croit-il.
Il couche sa vie sur le papier, met des mots sur l'indicible, nomme l'horreur et l'inimaginable.
C'est aussi le film, The Killing Fields (La Déchirure), en 1984, on lui donne le rôle principal, celui d'un de ses compatriotes, un journaliste qui a vécu des faits similaires aux siens. Il revit une histoire qui est la sienne sans l'être. Une histoire commune, celle des Cambodgiens. Il reçoit l'Oscar en 1985 pour son interprêtation. Le monde entier sait maintenant. Il sait mais ne comprend toujours pas.
Haing Ngor va se battre toute sa vie pour que le monde comprenne enfin ce qu'à été le Cambodge, ce qu'à été la "guerre civile" et les Khmers rouges. Il écrit son autobiographie dans laquelle il ne cherche pas à se faire plaindre, il l'écrit come une témoignage. Il n'a pas toujours bien agit, le monde n'est pas si simple, n'est pas manichéen. Il raconte l'histoire de son pays qui en si peu de temps a régressé.
C'est se sauver par l'écriture, coucher sa vie sur papier, sans avoir peur d'être jugé, sans craindre le ridicule, sans cacher ses propres méfaits.

Mon avis : Plus qu'une autobiographie, Une Odyssée Cambodgienne met des mots sur l'insicible, décrit l'horreur, l'inimaginable. C'est l'horreur à travers les yeux d'une personne, quelqu'un de bien vivant, avec des émotions et des réflexions authentiques. C'est un témoignage très fort pour faire avancer les choses, un devoir de mémoire pour toutes les victimes de cette guerre civile, car chaque famille a été touchée. Ce livre peut rappeler les témoignages des victimes de la Seconde Guerre Mondiale.
Mais les Khmers rouges, c'était hier.
La guerre civile au Cambodge a commencé en 1967 et s'est terminée en 1979, Haing Ngor raconte l'arrivée au pouvoir du régime politique du Kampuchéa Démocratique, de 1975 à 1979.
Comment de telles atrocités ont pu êtres passées sous silence ? Pourquoi personne n'est intervuenu ou ne l'a fait que tardivement ? Pourquoi a-t-on laissé la tyrannie s'installer ? Haing Ngor raconte comment il a vu les touristes, les occidentaux êtres évacués alors qu'eux restaient et allaient être massacrés.
C'est un livre révoltant par son humanité, criant de vérité. Vivre, survivre et raconter. On  découvre une nouvelle culture, celle d'avant la guerre, pendant la guerre et après la guerre. Un monde qui ne sera jamais plus le même, un pays qui a encore aujourd'hui du mal à se reconstruire.


Conclusion :
Ce livre décrit des extrêmes et fait passer le spectateur par des extrêmes : on rit, on pleure beaucoup, on a peur, une peur vicérale car véritable. Ce qui est raconté est vrai, est arrivé, c'était hier.
Je recommande donc cette autobiogagraphie qui est, je le répète un témoignage vibrant. L'auteur a raison, ces faits ne peuvent pas, ne doivent pas être passés sous silence. Même si j'avais quelques connaissances sur les faits, ce livre met des noms sur les gens,apporte des précisions, des explications sur ce qui s'est passé.
La seule chose qui est vraiment trop dommage : le livre n'est plus réédité...

Publié dans Autobiographie

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Pierre Claudine 12/01/2016 22:57

C'est ce livre qu'une de mes soeurs m'a offert à Noël en 2013. Comme il était introuvable, elle l'a acheté d'occasion. Je l'ai lu, et je le trouve passionnant. Le Dr Haing Samnang Ngor y évoque son enfance, son adolescence, son pays, les révoltes, le coup d'État, la destitution de Sihanouk, la prise de pouvoir par Lon Nol, la guerre civile, l'entrée des khmers Rouges dans Phnom Penh avec le regime de terreur instauré, quatre années durant, par Pol Pot et ses sbires, les pires atrocités qu'ont subies lui-même et près d'un quart de la population de ce petit royaume de 1975 à 1979, c'est-à-dire jusqu'à l'arrivée des troupes vietnalmiennes, . . Il y évoque aussi sa fuite en Thaïlande et dans les camps de réfugiés, son départ pour les États-Unis, son arrivée aux States et à Los Angeles, . . .Il était médecin au Cambodge. Il souhaitait reprendre ses études de médecine aux États-Unis, en raison de son diplôme cambodgien n'étant pas reconnu.
Il a dû repartir à zéro. Comme il l'a raconté dans ce livre, son premier job était gardien de nuit dans une entreprise située en-dehors de Chinatown. Tout en cherchant quelque chose, il a pris des cours d'anglais.
Son deuxième job : aider des réfugiés vietnamiens et cambodgiens à se réinsérer dans la société
Haing Ngor avait travaillé au centre social de Chinatown, au sein de l' Unité Indochinoise. Il avait entendu des rumeurs sur un film qui allait être tourné. Haing Ngor avait été approché par Roland Joffe. Joffe lui a proposé un rôle dans ce projet. Haing Ngor a poliment décliné la proposition. D'une part, parce qu'il ne voulait pas avoir à faire avec le monde du cinéma. Et, d'autre part, il ne voulait plus voir son passé douloureux refaire surface. Mais, en raison de ses cauchemars à répétition, il s'est ravisé. Et il se devait de retourner dans les camps de réfugiés pour exorciser ses démons. (Haing Ngor a perdu des membres de sa famille sous les Khmers Rouges : des frères, des soeurs, ses parents, sa femme, Chang My Huoy, son bébé, . . . ).
Le rôle qui lui a été attribué est celui d'un compatriote, Dith Pran, journaliste, guide et interprète du reporter du New York Times, Sydney Schanberg.
Ce film a pour nom "La Déchirure" ("The Killing Fields"). Il est tiré du bouquin de Schanberg, "Vie et mort de Dith Pran" ("Life Ans Death Of Dith Pran). Certes, ce film était l'histoire de Schanberg et de Pran, mais c'était aussi l'histoire du Dr Haing S. Ngor. Il s'agissait bien plus qu'un film.
Pour sa performance, Haing Ngor a obtenu plusieurs prix, le plus prestigieux étant l'Oscar du Meilleur Acteur dans un second rôle. Il dédiera cet Oscar à sa famille et au peuple cambodgien dont il deviendra le symbole. Parallèlement à sa carrière d'acteur, Haing Ngor est devenu porte-parole des Cambodgiens et organisateur de l'aide aux réfugiés.
En 1990, avec un ami, Jack Ong, Haing Ngor crée la Fondation Haing Ngor. Jack Ong en est le Président, et Sam Waterston, le Président d'honneur.
Haing Ngor s'est rendu régulièrement dans les camps de réfugiés situés à la frontière entre la Thaïlande et le Cambodge. Avec Dith Pran et Jack Ong, Haing Ngor se rendait régulièrement à Phnom Penh, dans les zones reculées et à Samrong Yong, son village natal, où il a fait construire une école. Il a également fait construire des orphelinats dans son pays d'origine. Car il ne faut pas oublier que Haing Ngor avait la double nationalité americaine (de puis 1986) et cambodgienne (il avait des origines chinoise et khmère).
Haing Ngor menait aussi un combat pour que les anciens chefs communistes cambodgiens soient jugés pour crimes contre l'humanité, tortures et actes de barbares. Personne ne sait s'il a signé son arrêt de mort à cet instant précis.
Malheureusement, Haing Ngor connaîtra une fin aussi tragique que sa vie : le 25 Février 1996, il sera tué par balle près de son domicile à Chinatown. Il sera inhumé en Californie début Mars 1996.
En 2007, un realisateur, Arthur Dong, avait en projet de réaliser un documentaire sur la vie de Haing Ngor. Ce projet a vu le jour en 2014. Il s'appelle "The Killing Fields Of Dr Haing S. Ngor". Il est agrémenté d'images animées et d'images d'archives. Toute l'équipe du projet s'est rendue à Phnom Penh, la Capitale du Royaume du Cambodge, pour effectuer le montage au Centre audiovisuel Bophana (nom de la jeune femme détenue au S-21, torturée pendant des mois et exécutée) fondé par le cinéaste franco-cambodgien Rithy Panh. En 2015, le documentaire a été projeté dans de nombreux festivals, aux États-Unis et au Canada. Lors de sa projection à Phnom Penh, le documentaire a ému les Cambodgiens. Il n'a pas encore été projeté partout, mais qui sait. Il devrait être aussi diffusé sur une chaîne de télévision en France et, par la suite, être édité en DVD. Ce serait un hommage mérité pour cet homme au destin hors-normes dont ce sera le vingtième anniversaire de sa disparition le 25 Février prochain.
Pour en revenir au livre, en le lisant, on plonge en immersion dans l'histoire d'un homme, d'une nation, et d'un peuple. On rit parfois, on est pris aux tripes beaucoup. Il n'y a aucun pathos, et c'est presque sans colère. Ce sont des faits crus et terribles. C'est un document terrifiant et un message de volonté et d'espoir.
"Une Odyssée Cambodgienne" est un livre à part. Tous les livres écrits par des rescapés du génocide sentent le vecu, mais ce bouquin a quelque chose de différent. Haing Ngor a livré son témoignage à Roger Warner qui l'a couché sur papier. Et, surtout, Haing Ngor a mis des noms sur des visages. Dommage que ce livre en format de poche soit épuisé.

Pampoune 03/03/2014 18:34

Je ne connaissais pas mais tu me donnes très envie de connaitre...